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Le logiciel libre et la formation

5 novembre 2010 10 commentaires

Capital humain

Les deux prochains billets proposent aux lecteurs d’aborder le logiciel libre sous l’angle de la gestion de la connaissance. La partie I du billet est une introduction à l’aspect stratégique du développement des compétences en TI. Quant à la partie II, elle fera une revue de différents logiciels libres soutenant l’activité de formation. Selon une perspective économique, les employés représentent une ressource importante de l’entreprise, soit un capital humain.  Ce type de capital géré adéquatement conduit à la créativité et à l’innovation. Géré inadéquatement, le capital humain s’érode sous l’effet de l’obsolescence et de l’inflation (hausse du niveau) des compétences. Le gouvernement du Québec a reconnu cette réalité en adoptant La loi favorisant le développement de la formation de la main-d’œuvre (Loi 90 ou Loi du 1 %).

Déficit de connaissances (Dc)

Dans un benchmark commandité par la société Actuate sur l’adoption du logiciel libre, 58,2 % des répondants perçoivent la disponibilité de ressources internes qualifiées en logiciel libre comme un frein. L’Asie fait état d’une situation similaire, mais prétend avoir mis en place des actions correctives pour combler le déficit de connaissances (Maîtrise des habiletés – Inventaire des habilités=Dc)1. L’écart entre l’offre et la demande de professionnels TI qualifiés en logiciel libre confirme un changement au sein des entreprises. Cette tendance est confirmée par les répondants français (61,6 %) du benchmark qui affirment privilégier ou considérer comme option l’approvisionnement d’un logiciel libre. Le groupe Gartner prévoit que, d’ici 2012, 80 % des logiciels commerciaux contiendront des composantes libres. Pour ne pas manquer le train, les entreprises et les professionnels en TI doivent s’outiller pour maîtriser le logiciel libre.

Un déficit de connaissances au niveau des acteurs de première ligne (professionnels en TI et gestionnaires) a un impact direct sur l’adoption du logiciel libre. Les professionnels en TI et les gestionnaires sont appelés à évaluer les critères (qualité, prix, mérite technique, fonctionnalités, coût total de possession, etc.) de sélection des logiciels. Cette observation ne minimise pas l’importance de la formation des utilisateurs et l’impact sur la gestion du changement. D’un point de vue pragmatique, le déploiement d’un nouveau logiciel, propriétaire ou libre, représente toujours un changement pour l’utilisateur.

Sources des besoins

Plusieurs facteurs sont responsables d’un déficit de connaissances en logiciel libre. Voici certains éléments déclencheurs identifiés via des articles sur le Web:

  • Les besoins du marché.
  • Lieux et parcours de formation insuffisants.
  • La gouvernance.

Les besoins du marché

Les organismes de formation (scolaire et formation continue) effectuent une opération de veille et ajustent l’offre de cours en fonction de leur lecture des besoins du marché. À leur tour, les apprenants influencent l’offre de cours en demandant des formations sur les logiciels (propriétaires et libres) jugés les plus populaires.

Plusieurs organismes de formation ont suivi la tendance du marché et offrent des cours basés sur le logiciel libre. Toutefois, il faut noter la présence non négligeable de logiciels propriétaires dans le cursus des organismes de formation. Plusieurs cours sont basés sur des logiciels propriétaires (PGI et gestion de projet). Des alliances (SAP University Alliances Community)  entre institutions d’enseignement et éditeurs permettent aux différentes parties prenantes d’y trouver leur compte. L’université obtient une subvention et l’éditeur le droit de promouvoir son produit et d’apposer sa marque sur le matériel pédagogique. Une certification sur un logiciel propriétaire prisé par les employeurs exerce un attrait sur l’étudiant soucieux d’augmenter son employabilité. Il faut se questionner si la formation sur des logiciels propriétaires ne produit pas l’effet opposé à celui de la mobilité. Une compétence en logiciel libre serait-elle un atout dans le CV d’un finissant cherchant à intégrer le marché du travail?

Parcours et lieux de formation

Le finissant a eu l’opportunité d’expérimenter les logiciels propriétaires et libres durant sa formation initiale. Qu’en est-il des professionnels en TI déjà sur le marché du travail? Peuvent-ils obtenir une certification pour tous les logiciels libres sur le marché? Quels sont les parcours et lieux de formation pour le logiciel libre?

Plusieurs pistes s’offrent aux gestionnaires et professionnels en TI intéressés à combler le déficit de connaissances en logiciel libre. Il existe deux parcours, la formation initiale (cégep et université) et la formation continue (ateliers, communautés de pratique, éditeurs, centre de recherche, académies, auto-formation, etc.). La formation initiale s’inscrit dans un programme (p. ex. MBA) et combine formation théorique et pratique. Quant à la formation continue, elle est axée sur une application concrète et pratique et conduit à l’obtention d’un certificat de participation. La formation continue sous-entend une responsabilité partagée entre l’employeur et de l’employé.

Certains marchés comme celui de l’Asie-Pacifique ont été pris de court par l’intérêt suscité par le logiciel libre. Les parcours et lieux de formation se sont avérés insuffisants pour faire face à la demande. Les entreprises et des représentants (Red Hat et IBM) de l’industrie du logiciel libre ont mis sur pied des initiatives (Open Source Collaborative Innovation) pour répondre au défi. La situation du marché de l’Asie-Pacifique est-elle un signe précurseur de la rareté des professionnels en TI qualifiés en logiciel libre?

Gouvernance

Un processus d’approvisionnement classique a tendance à exclure le libre du processus d’appel d’offres ou à évaluer incorrectement les aspects non techniques (qualité, support, flexibilité, pérennité, etc.) du logiciel libre. Cette pratique d’approvisionnement n’est plus adaptée au besoin de gouvernance et ne supporte pas les politiques d’approvisionnement favorisant (adoption-led market) le logiciel libre. Les gestionnaires et les professionnels en TI doivent s’outiller pour travailler dans un nouveau paradigme.

En attendant des politiques d’approvisionnement à l’exemple du IDABC European eGovernment Services, il faut doter les décideurs d’outils pour évaluer adéquatement les logiciels libres. Une bonne pratique consisterait à utiliser une matrice de décision avec des critères pondérés qui accorderaient une juste place aux aspects non techniques.

Outils de la formation

Le billet a présenté le logiciel libre sous l’angle de la mise en valeur du capital humain. Il a tenté d’identifier certaines sources de besoins de formation et des exemples de parcours de formation. La partie II du billet poursuivra la réflexion, cette fois en explorant les outils à la disposition des gestionnaires de la formation et des formateurs.

Note 1:  Aubé L. (2000). EDU 2700 : Planification de l’enseignement, UQAM, Monttréal.

Collaboration de l’équipe entrepriselibre

Approvisionnement et logiciels libres – partie 2

Pour donner suite à notre billet sur l’approvisionnement, nous invitons ceux et celles qui veulent écouter une discussion entre différents représentants de compagnies telles que Ingres, JasperSoft et IBM échanger sur leurs visions des logiciels libres et ouverts. Ils exposent, par des échanges constructifs, les avantages et inconvénients d’un logiciel libre versus un logiciel propriétaire. Cette discussion a eu lieu dans le cadre de l’Open world forum qui  s’est déroulé du 30 septembre au 1er octobre 2010.

Source: http://www.youtube.com/v/YjmTa2RJ2Yc&hl

Comme nous l’avons constaté dans les différentes lectures proposées, il existe plusieurs types de licences open sources telles que GPL et Apache afin d’encadrer les droits d’utilisation du logiciel. Face à ce choix, il est nécessaire pour le responsable TI de bien comprendre les distinctions entre ces licences afin de proposer et d’effectuer des choix qui répondent adéquatement aux besoins des utilisateurs, mais aussi à la culture de l’entreprise.

D’une part, nous avons mentionné dans la partie #1 du billet, que les responsables TI et les dirigeants devaient modifier leur façon de faire afin d’ouvrir leur porte au marché du logiciel libre. Ce changement s’effectue en douceur depuis un certain temps, mais surtout dans le domaine public et parapublic par exemple, à la société de transport de Montréal (STM). Cette institution a décidé, suite au jugement relié à la Régie des rentes du Québec (RRQ), de suspendre un appel d’offres qui devait se terminer le 8 septembre dernier afin d’évaluer la possibilité d’ouvrir son offre au marché du logiciel libre.

En fait, il faut aussi mentionner qu’il est impossible pour les entreprises d’ignorer la montée en force du logiciel libre, « dont le plus célèbre représentant est Linux, qui devrait connaître en Europe une croissance de 44 % en 2010, après une hausse de 47 % en 2009, selon une étude du cabinet PAC »(Cyberpresse)

En ce sens, il existe des associations telles qu’April ou Facil qui viennent en aide aux entreprises afin de les aiguiller sur les différentes possibilités qu’offre le marché du logiciel libre au lieu de se restreindre aux différentes listes de fournisseurs préapprouvées ou à des produits fermés. En effet, ces différentes associations existent dans le but de :

  • « Promouvoir le logiciel libre auprès du grand public, des professionnels, des associations et des pouvoirs publics;
  • Sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux des standards ouverts et de l’interopérabilité;
  • Obtenir des décisions politiques, juridiques et réglementaires favorables au développement du logiciel libre et aux biens communs informationnels;
  • Défendre les droits des utilisateurs et des auteurs de logiciels libres;
  • Favoriser le partage du savoir et des connaissances. » (April)

D’autant plus, l’approvisionnement reste un domaine très large qui sera sans aucun doute influencé grandement par la montée du logiciel libre. Compte tenu la structuration et la maturité des logiciels libres disponibles, êtes-vous en accord avec le fait que les responsables TI doivent être proactifs dans la mise à jour de leurs connaissances sur les différentes solutions offertes sur le marché du logiciel libre?

Approvisionnement et logiciels libres

30 septembre 2010 2 commentaires

Une jurisprudence récente dans le dossier qui a opposé la Régie des rentes du Québec et Savoir-faire Linux a reconnu qu’un appel d’offres fermé  s’apparente au concept de fournisseur unique.  Cette décision en faveur du logiciel libre est un rappel à la communauté des approvisionneurs des meilleures pratiques en termes d’approvisonnement. Si le secteur privé n’est pas soumis au même cadre légal, ses pratiques sont-elles exemplaires en matière d’approvisionnement? Les gestionnaires et approvisionneurs du secteur privé doivent-ils appréhender à l’avenir l’acquisition de logiciels?

Une application rigoureuse du processus d’appel d’offres et d’octroi de contrats  est certes de mise mais surtout pas une attitude craintive. Les approvisionneurs sont confrontés au quotidien aux contraintes d’un cadre juridique complexe et à un système de gestion de la qualité – pour la sélection des fournisseurs. S’il y a une leçon à tirer, elle concerne la mise en place d’un processus « ouvert » d’appel d’offres pour assurer à l’entreprise une meilleure valeur des biens et services acquis.

La difficulté intrinsèque à justifier un projet en TI n’exempte pas l’organisation d’une analyse documentée et sérieuse avant d’octroyer un contrat. Peu importe la démarche empruntée (gestion de projet ou six sigma), l’adéquation du bien ou du service aux besoins et le  coût total d’acquisition doivent guider la décision. Si d’une part l’organisation fait l’économie du coût des licences avec le logiciel libre, il faut d’autre part prévoir le coût du contrat de service ou de développement si des modifications sont apportées au logiciel de base.

L’exclusion du logiciel libre du processus d’approvisionnement peut masquer une politique d’approvisionnement déficiente (fournisseur unique, niveau de dépense sans autorisation, système qualité trop contraignant, allocation des budgets sur une base annuelle, etc.), une méconnaissance, voir même des préjugés envers le logiciel libre. Si l’approvisionneur possède un large éventail de connaissances, il a besoin d’être secondé dans son mandat par un expert de contenu, soit le Service des TI. Il revient alors au Service des TI d’identifier les alternatives acceptables, logiciel propriétaire ou logiciel libre avec la possibilité d’exercer des options (développement, service ou aucune option).

Malgré que la politique d’approvisionnement de l’entreprise privée n’ait pas la portée sociétale du secteur parapublic, le fait demeure que la direction doit rendre des comptes à ses actionnaires. Ces derniers ne conserveront pas dans leur portefeuille des actions qui n’offrent pas un rendement intéressant. Dans cette optique, le logiciel libre peut servir de levier stratégique en contribuant à l’atteinte des objectifs :

  • Réduction des coûts (coût total de possession);
  • Innovation (logiciel adapté au cœur de métier);
  • Respect de la réglementation (particularisation du logiciel pour  respecter la réglementation);
  • Satisfaction du client (voix du client).

D’après vous est-ce que les forces du marché sont suffisantes pour garantir la libre concurrence dans l’acquisition de logiciels?

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