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Approvisionnement et logiciels libres

Une jurisprudence récente dans le dossier qui a opposé la Régie des rentes du Québec et Savoir-faire Linux a reconnu qu’un appel d’offres fermé  s’apparente au concept de fournisseur unique.  Cette décision en faveur du logiciel libre est un rappel à la communauté des approvisionneurs des meilleures pratiques en termes d’approvisonnement. Si le secteur privé n’est pas soumis au même cadre légal, ses pratiques sont-elles exemplaires en matière d’approvisionnement? Les gestionnaires et approvisionneurs du secteur privé doivent-ils appréhender à l’avenir l’acquisition de logiciels?

Une application rigoureuse du processus d’appel d’offres et d’octroi de contrats  est certes de mise mais surtout pas une attitude craintive. Les approvisionneurs sont confrontés au quotidien aux contraintes d’un cadre juridique complexe et à un système de gestion de la qualité – pour la sélection des fournisseurs. S’il y a une leçon à tirer, elle concerne la mise en place d’un processus « ouvert » d’appel d’offres pour assurer à l’entreprise une meilleure valeur des biens et services acquis.

La difficulté intrinsèque à justifier un projet en TI n’exempte pas l’organisation d’une analyse documentée et sérieuse avant d’octroyer un contrat. Peu importe la démarche empruntée (gestion de projet ou six sigma), l’adéquation du bien ou du service aux besoins et le  coût total d’acquisition doivent guider la décision. Si d’une part l’organisation fait l’économie du coût des licences avec le logiciel libre, il faut d’autre part prévoir le coût du contrat de service ou de développement si des modifications sont apportées au logiciel de base.

L’exclusion du logiciel libre du processus d’approvisionnement peut masquer une politique d’approvisionnement déficiente (fournisseur unique, niveau de dépense sans autorisation, système qualité trop contraignant, allocation des budgets sur une base annuelle, etc.), une méconnaissance, voir même des préjugés envers le logiciel libre. Si l’approvisionneur possède un large éventail de connaissances, il a besoin d’être secondé dans son mandat par un expert de contenu, soit le Service des TI. Il revient alors au Service des TI d’identifier les alternatives acceptables, logiciel propriétaire ou logiciel libre avec la possibilité d’exercer des options (développement, service ou aucune option).

Malgré que la politique d’approvisionnement de l’entreprise privée n’ait pas la portée sociétale du secteur parapublic, le fait demeure que la direction doit rendre des comptes à ses actionnaires. Ces derniers ne conserveront pas dans leur portefeuille des actions qui n’offrent pas un rendement intéressant. Dans cette optique, le logiciel libre peut servir de levier stratégique en contribuant à l’atteinte des objectifs :

  • Réduction des coûts (coût total de possession);
  • Innovation (logiciel adapté au cœur de métier);
  • Respect de la réglementation (particularisation du logiciel pour  respecter la réglementation);
  • Satisfaction du client (voix du client).

D’après vous est-ce que les forces du marché sont suffisantes pour garantir la libre concurrence dans l’acquisition de logiciels?

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Catégories :Approvisionnement, Gouvernance Étiquettes : ,
  1. 2 octobre 2010 à 12:14

    Bonjour,
    Un point intéressant de cet article selon moi est qu’il met en lumière les déficiences du concept d’appel d’offre du gouvernement québécois. Comme vous l’avez souligné, le processus d’approvisionnement doit tenir compte des alternatives libres aux logiciels propriétaires. Cependant, les communautés derrière les logiciels libres ne sont souvent pas structurées pour pouvoir répondre à de tels appels d’offre. Elles ne font pas de publicité et n’ont pas de département des ventes.

    Il revient donc aux fournisseurs locaux de répondre à ces appels. Cela présuppose donc que ces fournisseurs locaux doivent prendre l’initiative de proposer de telles alternatives libres ce qui est déjà assez difficile surtout en considérant l’environnement technologique actuel du gouvernement. De plus, ces appels d’offre ne tienne généralement pas compte de tous les avantages non-monétaires liés à l’utilisation des logiciels libres dont l’indépendance vis-à-vis un fournisseur de service unique, la pérennité des données, une meilleure interopérabilité des logiciels, etc. Strictement en terme de coûtS, il sera souvent plus avantageux à court terme de migrer vers une version plus récente du logiciel propriétaire que de migrer vers une solution libre. Plusieurs études semble d’ailleurs corroborer ce point (tirés de http://www.awt.be/web/res/index.aspx?page=res,fr,fic,140,005 )

    « Selon Gartner, une entreprise ayant déjà basculé sous Windows 2000 ou XP ne verra par exemple jamais de retour sur investissement d’une migration vers Linux.

    Pour le Yankee Group, la migration de grands comptes de Windows vers Linux coûte en général trois à quatre fois plus cher qu’une mise à jour de Windows, surtout s’il faut redévelopper des applications et former les utilisateurs. Par contre, la migration de Unix vers Linux est une alternative économique fort intéressante. »

    De ce fait, le processus actuel d’appel d’offre semble favoriser les logiciel propriétaire au détriment des logiciels libres. Il est donc essentiel de trouver un moyen de quantifier les avantages non-monétaires amenés par l’introduction de logiciels libres.

  2. Isabelle Mercier
    4 octobre 2010 à 20:24

    Bonjour,

    D’abord, merci pour votre commentaire qui contribue à rendre notre blog plus interactif !

    Le point que vous avancez au sujet des communautés derrière les logiciels libres qui sont moins bien structurées pour répondre aux appels d’offres est très intéressant. À votre avis, même si les logiciels libres ne font pas ou peu de publicité, croyez-vous que la décision devrait tout de même être réfléchie par le service des TI tel que mentionné dans notre billet? Le service des TI devrait-il prendre la peine d’évaluer les alternatives acceptables ? Les réponses à ces questions semblent être diverses du point de vue de différentes entreprises et organisations.

    Les entreprises qui ne font pas soumissionner pour les logiciels libres font jaser. Un cas concerne la RRQ (http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201003/07/01-4258266-contrat-sans-appel-doffres-les-logiciels-libres-montent-au-front.php) qui s’est fait poursuivre par Linux. Cette dernière accuse la RRQ d’avoir octroyé sans appel d’offres un contrat de 720 000$ à Microsoft pour la mise à jour des postes de travail. Linux reproche de ne pas avoir pris la peine de soumissionner (Cyrille Béraud, président de la PME montréalaise). Selon M. Beraud, « Avec le logiciel libre, la RRQ aurait profité d’économies d’environ 350 000 $ et si on étend ça à la grandeur de l’État québécois, ce sont près de 80 millions $ d’économies qui pourraient ainsi être réalisées ». Nous avons aussi vu le cas de la STM sur le forum du cours qui ressemble à ce cas-ci.

    Ces exemples devraient probablement en inspirer d’autres à soumissionner. Même si le logiciel libre ne fait pas autant de publicité, il est tout de même de la responsabilité de l’entreprise et ce, même privée, de diminuer au maximum possible ses coûts et d’évaluer les alternatives. Dans le privé comme dans le parapublic, les achats importants sont encadrés (charte de projet, dossier d’affaires, etc.).

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